Histoire des misérables, ses secrets d’édition

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Connaissez-vous l'histoire des misérables ?

Tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus (…) tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.” Dès sa célèbre préface des Misérables, qui tient en une seule phrase, Victor Hugo pose l’enjeu de ce livre total.

Comment Victor Hugo s’y est-il pris pour écrire cette œuvre magistrale que tout le monde connaît ?

Le roman d’une vie

Victor Hugo écrit ce roman en 17 ans.

En 1845 le livre s’appelle Les misères.

Au sommet de sa carrière, académicien, mondain, reçu par le Roi, Hugo est honoré partout. Il vient d’être nommé Pair de France, l’équivalent d’un sénateur, dans le parti de l’ordre, conservateur. Mais il est pris en flagrant délit d’adultère. Sa réputation ternie, le roi lui demande de se faire oublier quelques temps. Dans son bureau de la Place des Vosges, il s’isole et écrit, frénétiquement, sa réponse à la Comédie humaine de Balzac à partir du destin d’un forçat libéré du bagne, Jean Valjean.

 Habité par la question sociale depuis longtemps, Hugo fait appel à ses anciennes visites de prisons, de bagnes, d’usines, de villes comme Montfermeil, de rencontres avec des ouvrières, pour écrire au plus près du réel, de la misère.

Mais alors qu’il a écrit les trois quarts du récit, survient la révolution de 1848. Hugo arrête tout pour se consacrer à la politique. 

Mais suite au coup d’État de Napoléon III, qui met fin à la IIe République, Victor Hugo est proscrit et doit s’exiler. En partant pour le rejoindre, sa maîtresse Juliette Drouet prend avec elle sa malle remplie du manuscrit des Misères, et lui apporte, alors qu’il est en Belgique. Pourtant, il n’y touchera pas encore pendant huit années. Jean-Marc Hovasse : « Pourquoi il s’interrompt ? C’est aussi parce qu’il change. Et ça, c’est aussi très rare dans la littérature, c’est que ce n’est pas le même auteur. Idéologiquement, il n’est plus d’accord avec ce qu’il avait écrit. Et ça lui pose un véritable problème. Il est passé à l’extrême gauche de l’échiquier politique. »

À 58 ans, isolé, en exil à Guernesey après des années d’errance, alors que ses textes sont interdits en France, Hugo relit son manuscrit des Misères. Il s’en imprègne pendant six mois. Puis se remet à écrire dans une version différente. Quelque année auparavant à Jersey, lors d’une séance de spiritisme, « les Misères » s’était changé en « Misérable »

Une bataille remportée

Hugo met un point final à son manuscrit pour l’anniversaire de Waterloo, en juin, sur le champs de bataille, en Belgique, où il a emporté le manuscrit. Après de multiples corrections, il publie Les Misérables en 1862 en France, mais aussi en Belgique, en cas de censure par l’Empereur, et rapidement aussi dans une dizaine d’autres pays. 

Mais quand paraît Les Misérables, Hugo a gagné son pari. Non seulement il n’est pas censuré, mais le succès est immense.

Jean-Marc Hovasse : « Ça coûtait cher les livres à l’époque, donc il est très soucieux d’avoir une édition populaire. Une édition en petit format. On sait que les ouvriers se cotisaient pour l’acheter, le lisaient tour à tour, il y avait des lectures à haute voix… Le succès public est considérable, obligeant tous les autres auteurs à décaler leur publication. On ne parlait que de ça, et ça a magnifiquement marché. Et du coup, ce livre qui était le plus important pour lui a eu aussi un impact politique énorme. Il y fait passer finalement tout ce à quoi il croit en politique. » 

A présent vous connaissez les secrets de l’histoire des misérables de Victor Hugo.


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